Institut Supérieur de Développement Rural d'Uvira

"Excellence-Qualité-Méritocratie"

La décolonisation du savoir : Vers une didactique universitaire au service des communautés.

Le 02 août 2025, l’ISDR Uvira a organisé une conférence scientifique sur le thème : « La décolonisation du savoir : vers une didactique universitaire au service des communautés ». L’organisation de cette conférence était motivée par le constat du déphasage entre les connaissances acquises par les étudiants à l’Université et les besoins des communautés que sont sensés accompagner les étudiants.

Aussi, les étudiants comme la majorité d’enseignants maîtrisent bien les connaissances, les langues et les pratiques occidentales mais sont ignorants des connaissances, des langues et des pratiques locales ou endogènes des populations qui attendent beaucoup du monde universitaire.

Animée par le Professeur Ordinaire Kitoka Moke Mutondo, la conférence visait trois objectifs :

  • Développer une compréhension commune sur la problématique de la décolonisation du savoir ;
  • Montrer la place de la décolonisation du savoir dans l’encrage société – université pour un développement intégré et durable ;
  • Donner des orientations pour une didactique universitaire intégrant le savoir local dans les quatre compétences à acquérir (savoir, savoir-être, savoir-faire et savoir-faire-faire) dans leur relation à la psychologique de la société.

Dans l’introduction, le conférencier a défini la décolonisation du savoir (épistémologique ou épistémologique) comme une théorie de la connaissance qui est critique à l’égard de l’hégémonie des systèmes des savoirs occidentaux. Elle interroge les modes historiques de la production du savoir ainsi que leurs fondements coloniaux et ethnocentriques.

La décolonisation du savoir implique donc la fin de la dépendance à l’égard :

  • des connaissances ;
  • des théories; 
  • des interprétations imposées ; et
  • de la théorisation basée sur ses propres expériences passées et présentes et son interprétation du monde. 

L’Orateur a précisé que la décolonisation du savoir n’est pas à confondre avec l’épistémicide popularisée par BOAVENTURA DE SOUSSA SANTOS. Car, la décolonisation du savoir ne signifie pas la destruction, la suppression, l’annihilation, la dévalorisation, la mise à mort, la négation, la remise en cause, la méfiance ; moins encore le Zapping des systèmes des connaissances occidentales existantes.

La décolonisation du savoir est donc à comprendre comme l’indentification (production), la valorisation et l’utilisation du savoir local (endogène), mettant ainsi l’accent sur l’appropriation de toutes les sources des connaissances afin d’atteindre une autonomie épistémique relative et une justice épistémique pour des traditions et des connaissances précédemment non reconnues et/ou supprimées.

La nécessité de la décolonisation du savoir s’enracine dans la gravité de ses conséquences : elle déconnecte la population de leurs histoires, paysages, relations sociales, de leur propre façon de penser, de ressentir, d’agir et d’interagir avec le monde.

L’Orateur a illustré la gravité du niveau de la colonisation du savoir dans nos institutions par des cas suivants :

  • Les étudiants d’établissements d’enseignement supérieur et universitaire maîtrisent plus l’histoire des occidentaux ou écrite par les Occidentaux que l’histoire de la RDC, de la province du Sud-Kivu et de leurs territoires respectifs que devaient leur raconter les sages qui la maîtrisent ;
  • Les enseignants courent dans les bibliothèques aux livres d’Occidentaux qu’à la recherche du savoir endogène détenu par les membres de nos communautés.
  • Les étudiants sont réprimés d’avoir parlé en Swahili, en Kifuliiru, en Kivira, Kibembe, etc. à l’école au lieu du Français alors que les populations qu’ils vont servir ne parlent ni ne comprennent le Français.

Le conférencier plaide en faveur de la théorie décoloniale. Selon cette théorie, les notions de vérité et de fait sont, en réalité, locales. Ce qui est découvert ou exprimé à un endroit ou à un moment peut ne pas être applicable ailleurs. 

Exemple : Les techniques de culture du riz, des patates douces et du haricot tirées des livres écrits par les Français, les Allemands et les Sud-américains ne peuvent totalement pas réussir dans la Plaine de la Ruzizi. Pourquoi, lors du cours des pratiques agricoles dans les universités d’Uvira, ne pas impliquer ou associer les femmes qui pratiquent avec succès ces cultures dans la Plaine de la Ruzizi pour qu’elles participent  à la formation des étudiants à la culture du riz, des patates douces et des haricots ?

Perspectives pour la décolonisation du savoir dans les institutions d’enseignement supérieur et universitaire

Dans les institutions d’enseignement supérieur et universitaire, la décolonisation du savoir doit être intégrée dans les trois missions de l’Université :

  • Enseignement : Quelles sont les connaissances, les méthodes et les outils traditionnelles de transmission du savoir, savoir être, savoir-faire et savoir-faire-faire à identifier dans la communauté pour les vulgariser et les utiliser dans nos institutions ? En plus du Français comme langue officielle, nous devrions intégrer l’apprentissage des langues locales (Kifuliiru, Kivira, Kibembe, Kiswahili, etc.) dans la formation des étudiants. Les étudiants doivent apprendre les noms des objets en langues locales.
  • Recherche : comment orienter nos recherches sur terrain en vue d’identifier et questionner les savoirs locaux et les intégrer dans les matières à enseigner dans nos universités ?
  • Service rendu à la communauté : Renforcer le service rendu à la communauté, la maîtrise et l’intégration du savoir local dans la formation de nos étudiants sont cruciales. Appelés à travailler avec et pour la population, la maitrise des langues, du savoir et des pratiques locales pendant le cursus académique, est un atout pour l’encrage université – société.

Pour décoloniser le savoir dans les institutions d’enseignement supérieur et universitaire, les praticiens et les détenteurs du savoir local ou traditionnel devraient, en plus des diplômés des universités, être impliqués dans la formation des étudiants pour les rendre plus utiles à la société.